Lundi 4 janvier 2010
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18:03
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David peut être super sympa, vous savez ! affirma Tristane, indifférente (et pour cause) à mes silencieuses élucubrations. Mais quand il a la haine… il
devient… comme un teckel enragé, vous voyez ?
Tiens, elle aussi trouvait que Chien fou avait quelque chose de canin. Vu sa dégaine, je l’aurais plutôt comparé à un Patou frappé de
maladie mentale qu’à une saucisse sur pattes, mais bon. Je gardai pour moi ces réflexions métaphoriques. Tristane me confia vivre avec le pseudo Joyce une relation épisodique qui ne la
satisfaisait pas (toutes les mêmes !). C’est pourquoi elle n’avait aucun complexe à draguer qui bon lui semblait (moi ?). David – encore lui ! – connaissait également quelques
problèmes avec l’autorité. Il avait, selon ma jeune amie, « trempouillé » dans de petits trafics, rien de bien méchant. Il lui arrivait toutefois, par mesure de précaution, de
disparaître plusieurs jours de son studio.
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Quand ça pue, il se planque dans une cave de l’immeuble de ses parents en attendant que ça se tasse au niveau des flics et tout ça. Ses vieux ne sont pas au
courant ! me révéla Tristane en rentrant les épaules et baissant la voix, comme si la taverne de mon copain Bèbe était infestée d’indics et d’agents en civil.
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Waouh, quelle cachette ingénieuse ! plaisantai-je, mais mon interlocutrice me regarda avec colère avant de recommencer à deviser.
Je sentis que l’admiration que cette jeune fille de bonne famille portait à son rebelle échevelé issu des quartiers populaires n’était
pas vraiment éteinte. Me souvenant par association d’idées de mon projet initial qui se résumait à sauter vite fait bien fait ma débitrice, je tentai par un sourire enjôleur d’ouvrir une brèche
dans la cascade de paroles qui me submergeait depuis près de vingt minutes. Peine perdue. Soit la jeune femme en face de moi me prenait pour son confesseur, soit elle me trouvait trop vieux pour
la bagatelle, car elle enchaîna incontinent une litanie de doléances à propos de ses parents, sans paraître remarquer le désir croissant que je m’efforçais d’exsuder par tous les pores de ma peau
– il s’agit là d’une technique secrète de comédien que je ne livrerai pas ici.
Bien. Après Nous deux, Dallas. Tout ce que j’aimais ! Ignorant le sourire en coin de Bèbe occupé à torcher les
verres avec le revers de son tablier par souci écologique (selon lui) d’économie d’eau, je calai ma tête au creux de la main et me résignai à écouter Tristane. Histoire de « me rendre utile,
pour une fois ». Une résolution qui aurait plu à ma mère, si elle n’était décédée des suites d’un cancer de la langue, contracté à force de proférer des vacheries. Telle était en tout cas ma
version des faits, et je la défendais d’autant plus qu’elle avait eu la vertu de me fâcher à mort avec mon frère aîné, un homme rigide, raciste et confit de principes.
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Mon père est carrément pourri de fric, tu peux même pas t’imaginer (Tiens, voilà que la belle enfant me donnait du « Tu » à présent). Il me traite comme…
depuis qu’il est avec cette vieille pute ! Belle-mère, tu parles ! Moche mère plutôt. Je peux pas me la saquer, cette blondasse !
Je pensai avec mélancolie que la vieille p. en question devait avoir à peu près mon âge, mais je me tus, stoïque. Tristane, que ses
études n’avaient pas poursuivie bien longtemps, me révéla avoir pris un job d’hôtesse chez SexHôtel, en premier lieu pour emmerder ses parents. Il s’agissait, ainsi que le nom le laissait
entendre, d’une compagnie de téléphone rose dont le siège se trouvait ici, à Toulon, ce qui ne laissa pas de me surprendre. Tristane, elle, avait choisi d’œuvrer depuis son domicile. Malgré la
concurrence des sites internet olé-olé pourvus de webcams et autres moyens sophistiqués, SexHôtel affichait complet en matière d’appels. L’anonymat des animatrices y était en principe garanti.
Pourtant, un client était parvenu à localiser Tristane. Il vivait dans le même quartier qu’elle, achetait ses clopes dans la librairie qui la fournissait en magazines people et prétendait avoir
reconnu sa voix. Celui-là commençait à l’emmerder grave, mais à part ça, la jeune femme trouvait l’exercice plaisant. Ça payait bien. En outre, l’entendre simuler la jouissance et inonder le
combiné de mots crus et autres bruits évocateurs (Tristane me gratifia d’une brève démonstration qui intrigua Bèbe au plus haut point) énervait sa belle-mère et ulcérait son père. Objectif
atteint. Je notais mentalement d’appeler SexHôtel un de ces quatre matins, quand mon compte en banque serait un peu renfloué, histoire de me faire une idée plus précise de la crudité du
vocabulaire utilisé par ces demoiselles et d’apprécier leur degré de dextérité à se masturber les papilles.