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À présent j’écoutais Tristane me raconter ses déboires avec Chien fou, qu’elle tenait à appeler D. Joyce. Prenant acte de mon silence boudeur, la jeune fille s’était mise à m’abreuver de confidences, comme si j’étais son grand frère ou pire, son oncle préféré. Je me sentais à la fois vexé et flatté. Tel était le drame de ma vie : j’oscillais en permanence entre deux sentiments, deux opinions, deux attitudes, tel un bonhomme culbuto incapable d’adopter jamais une position tranchée.
En réalité, me confia la jeune femme, D. Joyce se nommait David Lajoie, mais il trouvait que son pseudo anglo-saxon lui conférait plus d’envergure. Que pouvais-je répondre à cela, moi qui soutenais que mon prénom était « Jo et seulement Jo », comme Cocker, Dassin ou Dalton mais sans le e final, alors que j’avais été baptisé dans un lointain passé Joël-Marie ? Un étrange patronyme choisi par ma mère en hommage à ma sœur aînée, Marie-Joëlle, décédée deux mois avant ma naissance. Je laissais aux psys le soin de tirer de ce transfert de prénom toutes les conclusions alarmantes qui s’imposaient. Moi je devais faire avec, ou sans, et j’avais choisi de devenir Jo pour couper la poire en deux, voire en quatre si on se référait au nombre de syllabes de mon prénom initial.| Mai 2012 | ||||||||||
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